La dolce vita

Voici un site ouvert. Il regroupe mes travaux de reflexion en cours sur la politique internationale et surtout sur l'urbanisme contemporain de Tokyo.

07 mars 2009

enfentement et maternite, réalité biologique et relation sociale

article a consulter sur: http://heterosexualite.blogs.liberation.fr/tin/2009/03/post.html

lire les comentaires spour uen reflexion commune et critique.

<<  05 mars 2009 Qui a dit : «L’adoption est peut-être la forme la plus pure de la maternité » ?

     La réponse est : "Carla Bruni". Dans un entretien à paraître samedi dans le Figaro Madame, elle explique qu’elle aimerait bien avoir un autre enfant, mais ne sait pas si son âge le lui permettra. Elle envisage donc l’adoption car, après tout, «l’adoption est peut-être la forme la plus pure de la maternité». Cette réflexion est à la fois très belle et très profonde. Mais elle mérite d’être creusée.

        Dans notre société, on tend à confondre deux concepts pourtant très différents : maternité et enfantement. Or ce sont deux réalités très différentes. L'enfantement, c´est le fait pour une femme de donner naissance à un enfant ; la maternité, c'est le lien qui relie une femme à un enfant. L'enfantement est une réalité biologique, la maternité est une relation sociale. Souvent la filiation comprend enfantement et maternité, mais il peut y avoir enfantement sans maternité (dans le cas des accouchements sous X, par exemple), et maternité sans enfantement (dans le cas de l'adoption, par exemple). En ce sens, la plupart des enfants sont des enfants adoptifs.

En effet, une fois mis au monde, les enfants doivent être reconnus pour s'inscrire dans une véritable filiation. Cette procédure de reconnaissance est en réalité une sorte d'adoption. Simplement, elle peut être mise en œuvre par les géniteurs, ou bien par d´autres personnes. Dans notre société, l'adoption est souvent perçue comme une filiation par défaut, une filiation de substitution, pour les parents stériles. Une sous-filiation, en somme.

Même si les choses évoluent, les parents qui adoptent tentent souvent de dissimuler la vérité, pour entretenir l'illusion d'une filiation «naturelle», c'est-à-dire issue du rapport sexuel entre un père et une mère. La mystique hétérosexuelle veut que l'homme et la femme «fusionnent», et que de cette union naisse un enfant. Quand les choses ne se passent pas ainsi, ce n'est pas grave, il faut faire comme si. Or on pourrait penser les choses tout autrement. On pourrait aisément renverser cette perspective et cette hiérarchie. En effet, on pourrait opposer la filiation subie, ce qui est parfois le cas dans la filiation biologique (l'enfantement peut être le résultat d´un accident de préservatif ou d'un oubli de pilule), à la filiation voulue, ce qui est forcément le cas lors d'une adoption (la parentalité est forcément le résultat d´une volonté très ferme). Dans ces conditions, on peut affirmer, comme Carla Bruni : «L’adoption est peut-être la forme la plus pure de la maternité». C'est une maternité sans enfantement, une maternité qu'on ne peut soupçonner d'être accidentelle, un lien social mûrement réfléchi.

Entre enfants et parents, ne cherchons plus à tout prix les liens du sang, la vérité des gènes, la ressemblance des uns aux autres. Un ami à moi envoya un faire-part qui annonçait ainsi la naissance de sa petite fille : «Rose vient de naître, elle ne ressemble ni à son père ni à sa mère ; elle ressemble à elle-même.» >>

Posté par jade38 à 12:19 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


critique de l'heterosexualité comme modele de domination masculine

laboratoire de l'heterosexualité
article a conslter sur: http://heterosexualite.blogs.liberation.fr/tin/2009/03/fminisme-et-htr.html

<<07 mars 2009 Les féministes, pionnières de la critique de l'hétérosexualité

Journée mondiale des femmes. C’est l’occasion de saluer l’apport du mouvement féministe à la réflexion sur l’hétérosexualité. En effet, à partir des années 1970, au sein des mouvements féministes, un nouveau courant s’empara de la question, et l’hétérosexualité fut alors examinée comme elle ne l’avait jamais été…

Ces féministes s’efforçaient de mettre en évidence la logique d’un système hétérosexuel qui, selon elles, avait partie liée avec la domination masculine qu’il s’agissait justement de combattre. En 1970, dans Sexual Politics, Kate Millet critiquait le «système de caste hétérosexuelle» qui institue une hiérarchie sociale en fonction des sexualités. Tandis que les mouvements homosexuels sont fréquemment accusés de prosélytisme, elle inversait le point de vue en dénonçant au contraire «l’activisme hétérosexuel enragé» qui entend attribuer à un groupe donné le monopole de la sexualité légitime.

Gayle Rubin abondait en ce sens. En 1975, elle publia The Traffic in Women, Notes on the Political Economy of Sex, et critiquait «l’hétérosexualité obligatoire» imposée aux individus dès leur plus jeune âge. Refusant elle aussi l’illusion naturaliste, elle insistait au contraire sur le processus de fabrication socio-sexuelle, qui produit les conditions de sa propre dénégation. D’autres noms importants dans ce champ doivent être mentionnés, et notamment Adrienne Rich qui publie en 1981 La Contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne. Citons enfin Monique Wittig et La Pensée straight. Cette pensée straight (le mot signifie à la fois "droit" et "hétérosexuel" en anglais) constituait pour elle un régime politique qui se fonde sur la domination des femmes, soumises à l’injonction hétérosexuelle. Par conséquent, la critique ne portait pas moins sur l'hétérosexualité que sur le patriarcat. Dans ces conditions, tirant les conséquences extrêmes de son raisonnement, elle affirmait in fine, non sans panache : «Nous rompons le contrat hétérosexuel».

En particulier, de nombreux courants féministes ont cherché à déconstruire la rhétorique hétérosexiste, et notamment l’argument de la «complémentarité», qui occupe une place essentielle dans le discours social. L’homme et la femme seraient donc complémentaires, un peu comme le Yin et le Yang. Cette complémentarité s’entend bien sûr au niveau biologique : il faut un homme et une femme pour faire un enfant ; mais aussi au niveau social : il faut un homme et une femme dans chaque famille, et dans chaque maison. Par conséquent, une femme seule, avec ou sans enfant, deux femmes ou deux hommes constituent une anomalie sociale.

Mais, vous l’aurez noté, on dit toujours «l’homme et la femme», «Adam et Eve», «Tristan et Yseult», «Roméo et Juliette», «Paul et Virginie» : l’homme d’abord, et ensuite la femme. Est-ce une coïncidence ? Par ailleurs, à la maison, les travaux féministes, ceux de Christine Delphy par exemple, ont suffisamment montré que cette complémentarité exaltée dissimulait (assez mal du reste) une domination effective.

A l’évidence, tel qu’il est ordinairement conçu et mis en œuvre dans nos sociétés occidentales, le couple hétérosexuel ne favorise guère l’égalité des sexes. Quant à cette idée de complémentarité, elle semble principalement destinée à obtenir des femmes une soumission enchantée à la domination sociale qu’elles subissent. Dans les années 70, les féministes françaises répétaient volontiers un slogan amusant : «Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette.»

>>

Posté par jade38 à 12:11 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2009

EMANCIPATION CONSUMMERISTE -FIRST JUNKEE FOOD GENERATION

>>>article en cours de reflexion

premiere partie: nutrition et offre-demande sur le marche de la distribution industrielle

l'emancipation sociale post industrielle se construirait sur
1 fond : la deculpabilisation des valeurs catholiques,(abondance, gourmandise, luxure, etc). mais un peu sous forme anrachique: lever le tabou en incitant a la valeur contraire, mais non alternative, aux moeurs catholiques ce processus etant effectif tant que la valeur contredite reste forte. (voir les paradigmes de la societe americaine/japon ).
2 contexte: apres la deuxieme guerre mondiale et des evenement de crises economiques qui ont encre un referent de "famine post-moderne", "famine economique".analyser le contexte des valeurs "confort", liberte, sacessiete, richesse, manger a sa faim etc...
+voir articles "sciences humaines janvier" les figures du diable dans l histoire
3 geopolitique des matieres premieres: contexte colonial et la constitution d'empires agro-alimentaire (cafe, canne a sucre, cacao, banane, coco, coton, maïs, blé,riz, huile, tomates,...)

l evolution des marches populaires 60 en haut de gamme 90, et l apparition des hard discount95. sf logistique et reseau de production.

methodes de production agroalimentaire et d'elevage,un parralelle avec les theories sur les pratiques nazistes? (documents) + produits chimiques, pharmaceutiques
+desinformation des groupes industrielles, propagande communicatinnelle, harcelement des petits producteurs (le role des super marches)

2000: le cellé ideologique sur l'offre précaire, le manque d alternatives, le manque d informations: ou comment comprendre la mefiance des consommateurs pour "une autre alimentation", "une autre consommation", "une responsabilité"... voir le processus de depolitisation de l'acte consummeriste par cette construction sociologique en amont de l'émancipation des valeurs catholiques par la grande consommation et l'offre industrielle.

deux phases:les années 60-70 le mythe d'une époque d'apres guerre "le confort pour tous",
les années 80: le mythe d'une époque de crise economique (chomage)"les petits prix pour tous".(premieres consequences du modele de consommation de masse et des marches globaux)
la question du travail
la question de la logistique (geopolitique de l'agroaliementaire etc: coment lecologie est aux antipodes des methodes de production, de transports, de distribution ou des legislations)
la question de la repartition des richesse et la premiere crise du modele de "rentabilite".
la réalité: comment? contre quels types de populations (cf echiquier mondial): les paradigmes du marche liberal et les territoires post coloniaux ou perdant de la guerre  conquis comme "ateliers et main d'oeuvre ouvriere"pour l'emancipation massive des classes moyennes des pays riches

la hierarchisation liberal du monde: geopolitique des masses ouvrieres.
crise economique dans les pays riches:crise des methodes liberales capitalistes ?

processus des conquetes de marches. cible de territoires non industrialisé et/ou delocalisation _masse ouvriere_enrichissement du pays, politique d'endettement et de developpement industriel_croissance economique sous l'afflux de capitaux etrangers (effets immediat) et exponentiel(speculation sur le developpement des marches)_enrichissement du pays_constitutin de nouvelles classes moyennes=nouveau marche de masse consummeriste_liberalisation des marches, souvent forcé =chutte des protectionnisme-extension de la colonisation industrielle "

deuxieme partie: les obstacles a la revolution ecologique

la construction d'un nouveau mythe libero-consummeriste " a manger pour toute la planete" et les pratiques de l'agricuture ogm: le double jeu des legislations europeennes. l'afrique: terre d'experimentation.

quels jeux de pouvoirs, quels groupes s'opposent dans cet enjeu de redefinition-redistribution des ressources nutritionnelles et energetiques.
2006: pratiques boursieres, speculation, hedge funds, parts de marches, politiques gouvernementales (maïs, blé, sucre, riz, banane, cafe, soja, coton...), la crise etait là.

l affrontement euro-dollar, administration europeenne-administration americaine: la guerre des marches liberaux et des territoires
politique publiques et derives
quels grands groupes se reorientent vers une politique verte?
quels grands groupes s'opposent?criteres
est-ce le terrain d'une nouvelle guerre economique entre pro industriel 20eme siecle et néo communautés ??/plutot que les projections de la MIC pour 2020 entre deux grandes puissances(etat nation)

interpole: le terrorisme ecologique comme menace numero 2.

Posté par jade38 à 17:07 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 octobre 2008

toxic and BIGNESS concept

http://www.williamreymond.com/menu2.htm

TOXIC- william reymond
http://toxicfood.org/?page_id=18

TOXIC Obésité, malbouffe, maladies :
enquête sur les vrais coupables

En trente ans, à notre insu, l’alimentation a changé dans des proportions dramatiques. Désormais les fruits et légumes sont chargés de pesticides cancérigènes, les desserts saturés en acides gras nocifs, certaines saucisses entraînent des mutations de l’ADN humain et des steaks hachés contiennent de la viande de… quatre cents vaches différentes !

Science fiction ? Activisme ? Paranoïa ? Non, rien de tout cela mais une réalité établie et confortée par de nombreuses études scientifiques. Qui aboutissent à la même conclusion : suivant l’exemple américain, l’espérance de vie de nos enfants sera plus courte que la notre.

Des conséquences de l’épidémie mondiale d’obésité à la dure réalité de l’élevage industriel, des véritables raisons de la multiplication de certains cancers à l’ampleur des risques encourus à chaque coup de fourchette, Toxic révèle comment nous en sommes arrivés là. Et comment nous pouvons en sortir, à condition de réagir. Vite.

Après l’affaire Dominici, l’assassinat de JFK et les secrets de Coca-Cola, William Reymond révèle la face cachée de notre alimentation quotidienne.
Une chose est sûre : après avoir lu cet ouvrage, vous ne regarderez plus jamais votre assiette de la même façon…

http://video.google.fr/videosearch?q=toxic&hl=fr&emb=0#q=toxic&hl=fr&emb=0&start=10

Posté par jade38 à 09:11 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 septembre 2008

today we itadaku, tomorrow we die

The Japan Time on line
http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/ek20080826a1.html

Today we itadaku, for tomorrow we die By ROGER PULVERS Special to The Japan Times The Bible (in both testaments!) commands us to "eat, drink and be merry," but I think the wise individuals who thought up this pithy phrase meant it as a warning. To them there was more to life than endless imbibing and gluttony, though I can think of only one other thing. The human race is divided into people who are shōshoku (少食, those who eat like a bird) and ōgui (大食い, those who eat like a horse). Both groups boast those who wolf down their food. These are people who gatsu-gatsu kuu (がつがつ食う, eat like pigs). But what if you just want to eat eiyō no aru tabemono (栄養のある食べ物, nourishing food), here in Japan. Well, here are a few hints to help you get through a meal. Before taking your first bite, it is customary to say itadakimasu (いただきます). This is a humble form of a verb that means, among other things, "to eat." It expresses gratitude for the food set before you. It is entirely untranslatable, so it doesn't really belong in a column about bilingualism. But everybody here says it, and so should you. The food may be chō umai (超うまい, very yummy, out of this world) or it may be chō mazui (超まずい, revolting, not fit for human consumption). But if your hara (腹, tummy) is peko-peko (ぺこぺこ, crying out for something to fill it), you probably either won't mind or won't be able to tell the difference. The human race is also divided between kuishinbo (食いしん坊, gluttons) and people who are picky about what they eat, namely those who practice kuidōraku, (食い道楽, i.e. epicureanism). Whichever you are, you will want your fish pichi-pichi (ぴちぴち). This means "ultra-fresh." Pichi-pichi is also applied to young women, but not fresh ones; rather, animated, lively young ones. A pichi-pichi gāru (ピチピチガール, girl) is a real "peach." Now, the Japanese people generally entertain outside of the home, but if you stay here long enough, say, 38 or 39 years, you might get invited once into a Japanese home. During the meal, make sure to tell your hosts that the meal is a subarashii gochisō (素晴らしいご馳走, a real feast). But also make sure not to ōgui suru (大食いする, eat until the food is coming out of your gills, eat as if there is no tomorrow). The rule of thumb in Japan is harahachibu (腹八分, always leaving room in your stomach for more, in the case of this expression, 20 percent of your stomach's capacity). Many years ago I saw some American tourists dip their oshibori (おしぼり, rolled wet hand towel) into the soy sauce. The man took a bite and said, "I heard that squid was chewy, but this is ridiculous." If you do mistake your towel for a squid in front of Japanese people you are trying to impress, my advice to you is to bite off a piece and swallow it down like a samurai. Smile big and say, Kore wa puri-puri desu ne (これはプリプリですね, this is nice and chewy) and wash it down with a cold beer. If you put a little chopstick rest, either wooden or ceramic, in your mouth, thinking it a rare form of pickle, for goodness sake don't remove it in front of your Japanese hosts! Just crunch down on it, smile with your teeth showing and say, Kore wa pari-pari desu ne (これはパリパリですね, this is nice and crunchy) and, making sure not to burn your throat, down a whole cup of hot green tea. It is, of course, okay to drink alcohol in Japan, and you can even geiin suru (鯨飲する, drink like a fish). But, don't mention the word geiin to your Japanese hosts. The gei of geiin is the character kujira (鯨), or whale. This is a sensitive topic in Japan, and you may find that the evening would be atoaji ga warui (後味が悪い, leave a bad taste in the mouth). These initiation rites into the esoterica of the Japanese table may come at a cost to your stomach, throat and teeth. But in the end you will be accepted in this country: Certain rites of passage entail physiological consequences the next day. Maybe that's why they're called rites of passage. Finally, if you are still alive and able to speak at the end of the meal, say Gochisōsama deshita (御馳走さまでした, thank you for the meal) and suggest that next time you meet you go out either for a pizza, a hamburger or a curry, all of which are now traditional Japanese foods. The Bible tells us that we should eat, drink and be merry "for tomorrow we die." If you do eat, drink and overdo the merriment, you may be hidoku kibun ga warui (ひどく気分が悪い, feel like hell, feel sick), but at least you'll live to see another day.

Posté par jade38 à 04:20 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

structures familiales a la japonaise

Structures familiales au japon, a l epoque moderne
http://www.tokitsu.com/presentation/articles/fr/structures-familiales-et-sexualite-au-japon-a-lepoque-moderne.html

article d'archive ecrit en 1981 ecrit par Kenji Tokitsu publié dans Cahiers internationaux de sociologie. Publié avec le councours du CNRS.

La sexualite entant que technique

Dans les arts martiaux, on attache beaucoup d'importance au bas du ventre (hara) qui est considéré comme le siège de l'énergie vitale et, dans les arts traditionnels, de nombreux exercices tendaient à en développer la force (1). Les hommes portaient traditionnellement la ceinture du kimono un peu au-dessous du nombril, la pression exercée sur cette partie du corps la rendait ainsi présente à l'esprit. La sensation du hara, siège de la force, inclut les parties sexuelles. Il est d'ailleurs surprenant pour les Japonais de constater que les Européens qui font du karaté éprouvent une véritable terreur à l'idée de recevoir un coup dans les parties sexuelles et en surestiment l'effet. Pour les Japonais ce sont des parties sensibles qui peuvent devenir une cible et qu'il faut par conséquent protéger par un entraînement technique approprié.

Dans un autre registre, la lecture des revues hebdomadaires témoigne de la reconnaissance directe de la sexualité, en même temps que des censures sociales qui la canalisent. Les nombreux hebdomadaires que les Japonais ont l'habitude de parcourir rapidement pendant leurs longs trajets quotidiens ou en voyage abordent les sujets les plus divers parmi lesquels la question sexuelle. Celle-ci est présente dans toutes les revues et tient beaucoup de place dans celles qui sont classées parmi les moins sérieuses. La sexualité y est généralement traitée avec légèreté et l'on considère qu'elle se prête mal à des articles sérieux. Dans ces articles, souvent illustrés de photos, l'acte sexuel est traité en tant que technique : comment séduire une femme, comment la mener à consentir au rapport sexuel et réussir celui-ci, comment la toucher, la caresser, etc. Les détails de la technique amoureuse sont expliqués avec la plus grande précision, en particulier ceux qui permettent à l'homme de retarder l'éjaculation (2). Et dans les revues féminines, symétriquement, l'on indique comment plaire à un homme, explorer le domaine du plaisir sexuel et pratiquer la contraception (dans un pays où la pilule est interdite) avec un luxe de précisions techniques et de détails anatomiques. Cependant, il existe au Japon une législation qui censure la représentation (dessinée, cinématographique, photographique) des pilosités et des organes sexuels. Les revues populaires comportent des bandes dessinées dont la particularité est un dessin soigné, expressif et souvent très précis. Les dessins de nus sont fréquents et les dessinateurs semblent souvent jouer avec la censure, traitant l'absence du sexe comme un moyen de le mettre en évidence par un vide blanc qui apparaît comme une tache lumineuse, des hachures ou parfois, à sa place, le dessin d'un objet de substitution évocateur (aubergine, patate douce, fusée ou champignon pour le sexe masculin, plus rarement un coquillage pour le sexe féminin). Dans les représentations de l'acte sexuel les postures sont très réalistes et variées.

Ce parcours rapide pourrait donner l'impression que le Japon est un pays de grande liberté sexuelle mais l'exercice de la sexualité se heurte à des barrières sociales considérables. Le jeu de la censure et l'abondance des évocations de la sexualité sont significatifs de l'importance du renforcement social de ces barrières toujours menacées car la sexualité ne fait pas globalement l'objet d'interdiction ou de culpabilisation d'ordre religieux (3). Elle est, dans la tradition campagnarde, fortement associée à la fécondité de la terre (4).

Dès les premières pages du Kojiki (Kojiki, 1969), recueil de légendes populaires datant du VIIe siècle, sont évoquées une sexualité joyeuse et ses formes de régulation : « Izanaki-no-Mikoto » demanda à son épouse Izanami-no-Mikoto : « Comment est fait ton corps ? » Celle-ci répondit : « Mon corps s'est élaboré..., s'est élaboré, mais il a un endroit qui, lui, ne s'est pas élaboré. » Alors Izanaki-no-Mikoto « proclama » : « Mon corps s'est élaboré..., s'est élaboré, mais il a un endroit qui, lui, s'est trop élaboré. Ainsi, je pense que si j'enfonce et bouche ton endroit non élaboré avec mon endroit trop élaboré, nous donnerons naissance à la terre. Comment imagines-tu la naissance ? » Izanami-no-Mikoto répondit : « C'est bien. » Donc, Izanaki-no-Mikoto « proclama » « Alors, toi et moi allons tourner autour de l'Auguste Pilier Céleste et nous unir. » Ayant échangé leur serment, il déclara « Toi, tu tourneras à partir de la droite et moi à partir de la gauche, afin de nous rencontrer. » Lorsqu'ils tournèrent, Izanami-no-Mikoto parla la première : « Ah ! Quel homme charmant! » Izanaki-no-Mikoto poursuivit : « Ah ! Quelle fille charmante ! » Après que chacun eut dit cela, Izanaki-no-Mikoto dit à son épouse : « Il n'est pas bien que la femme ait parlé la première ». Malgré cela ils s'unirent dans leur chambre et eurent un fils : Iliruko (sangsue). Ils l'abandonnèrent en le laissant dériver sur un esquif de roseaux. Puis ils enfantèrent l'île d'Awa (awa frêle). Celle-ci ne compte pas parmi leurs enfants... Les deux Kami réfléchirent tous deux : « Les enfants que nous avons conçus jusqu'ici ne sont pas parfaits. Il semble qu'il faudrait en faire part aux Kami célestes. » Ainsi ils montèrent au ciel et demandèrent aux kami célestes leurs ordres (mikoto). Et les kami célestes, après avoir pratiqué une divination en brûlant des omoplates de daim mélangées à du bois, répondirent : « Ce n'était pas bien que la femme parle la première. Retournez. Descendez et répétez tout. » Ils descendirent et, comme auparavant, tournèrent autour de l'Auguste Pilier Céleste. Izanaki-no-Mikoto dit tout le premier : « Ah ! Quelle fille charmante ! » Son épouse, Izanami-no-Mikoto poursuivit : « Ah ! Quel homme charmant ! » Ayant dit, ils se marièrent et conçurent un fils ; île d'Awaji-noHonosa-Wake ». (5)

« (...) Majesté-Féminine-Uzu-Céleste maintint ses manches avec une liane céleste du Mont-Parfum-Céleste. Puis, se coiffant de branches de bambou liées du Mont-Parfum-Céleste, elle renversa un fût vide devant la porte de la grotte et claqua des talons. Tout en dansant jusqu'au paroxysme, elle découvrit sa poitrine et baissa la ceinture de son vêtement jusqu'à son sexe. Alors la Haute-Plaine-du-Ciel devint bruyante et les huit millions de kami se mirent à rire. Alors Grande-Auguste-Kami-Illuminant-du-Ciel, intriguée, entrouvrit la porte de la Grotte-Céleste et dit de l'intérieur : « pense qu'à cause de ma retraite, la Plaine du Ciel s'est assombrie d'elle-même et que le Pays-au-Milieu-des-Champs-de-Roseaux s'est enténébré totalement. Mais pourquoi Uzu-Féminine-Céleste danse-t-elle et les huit millions de kami rient-ils ainsi ensemble ? ».

Persistance de la famille patriarcale jusqu'en 1945, transformations...

1) Instauration d'une législation égalitaire en 1945

Dans le Japon contemporain, l'égalité des sexes est légalement reconnue, la législation familiale égalitaire est, depuis 1945, très proche de celle des Etats-Unis, l'avortement est autorisé mais il existe une censure et la vente de pilules anticonceptionnelles reste interdite. Le décalage entre législation et pratiques sociales a été considérable dans les années d'après-guerre. Et les rapports sociaux actuels sont profondément marqués par la famille patriarcale autoritaire qui, au Japon, a persisté légalement jusqu'en 1945. La nouvelle législation familiale a fait partie de l'ensemble des mesures imposées par les Américains après la défaite du Japon. A l'inverse de ce qui s'est passé dans les pays européens (Shorter, 1977 ; Flandrin, 1976), la famille patriarcale s'est maintenue pendant la période de l'industrialisation capitaliste du Japon et a joué un rôle dynamique dans ce processus. Toutefois, entre 1868 et 1945, la famille traditionnelle ne s'est pas maintenue telle quelle.

Nous allons essayer d'examiner la transformation des rapports familiaux, formes sociales de régulation de la sexualité, pendant la période de formation du Japon moderne. Une restructuration des relations familiales s'est produite au cours de cette période. Selon notre hypothèse, le trait le plus marquant en est une subtile rupture de l'équilibre qui a paradoxalement abouti, à l'intérieur d'une structure patriarcale, en apparence de plus en plus autoritaire, à une prédominance des relations mère-enfant. La relation mère-enfant est souvent renvoyée au cadre de la « japonité » et donnée, telle quelle, comme structurante des relations sociales au Japon ; nous allons tenter de l'analyser dans une perspective socio-historique en la re-situant dans l'évolution de la famille patriarcale.

2) Politique gouvernementale et renforcement de la famille patriarcale avant 1945

Dans leurs tentatives d'imposer un pouvoir fort et centralisé à un pays de petites communautés agricoles, dont la géographie découpée se prêtait au développement d'une féodalité assise sur les particularismes locaux, les gouvernements japonais avaient depuis longtemps saisi l'importance stratégique de la famille. Déjà au début du XVIIe siècle, pour affaiblir les communautés locales, le pouvoir shôgunal avait instauré dans tout le pays des regroupements de familles dont les chefs devaient assumer collectivement la responsabilité pénale des fautes commises par l'un des membres du groupe. En même temps, pour mieux les dominer, le gouvernement s'était attaché à formaliser et à unifier le mode de vie des seigneurs. L'obligation faite à ceux-ci de posséder une double résidence - à Edo (Tokyo) et dans leur fief d'origine, impliquant des déplacements à rythme régulier - permit une unification des moeurs et assura une diffusion des mêmes modèles dans tout le Japon. Cependant, le mode de vie des autres classes n'était pas régi de façon aussi stricte et la paysannerie avait conservé une certaine diversité de coutumes car la séparation entre les seigneuries était très marquée et les déplacements strictement contrôlés.

Le nouveau groupe qui prend le pouvoir en 1868 (début de l'ère Meiji) restaure le pouvoir direct de l'empereur et se donne pour objectif primordial le maintien de l'indépendance du Japon par le développement d'un armement et d'une industrie modernes. Il va supprimer l'ancienne organisation en ordres sociaux et chercher à stabiliser son pouvoir par un mode d'unification du pays qui se substitue à l'organisation féodale et permette une industrialisation à grande échelle. Pour y parvenir, il va s'appuyer sur les structures familiales. « Le nouvel Etat va organiser le pays entier sous forme familiale, plaçant l'empereur au sommet », écrivent les sociologues F. et S. Isono (1958) dans leur étude sur l'institution familiale. Ils ajoutent que, puisque ce mode de relation existait dans le système précédent, entre les familles de seigneurs, il fallait s'en inspirer en l'adaptant pour lui permettre d'inclure les croyances et les manières de faire des autres classes ; ce qui fut réalisé en s'appuyant sur le mythe de l'Empereur. La famille japonaise était, dans toutes les couches sociales, de type patriarcal avec culte des ancêtres et respect d'une morale familiale. Cependant, dans les familles nobles, les règles de cette morale étaient plus formalisées et à la fidélité au chef de famille correspondait, hors de la maison, la fidélité exclusive au Seigneur auquel était dû un dévouement total. Avec la destruction de l'ordre féodal, le vide créé par la suppression de ces relations a fait prendre conscience de leur force. Et le nouvel Etat réussit à reporter les anciennes fidélités sur la personne de l'Empereur, figure concrète de l'Etat centralisé, auquel devait désormais se rattacher chaque famille. Cela a été possible du fait que, dans toutes les couches sociales, existaient des relations hiérarchiques de famille à famille (paysan-propriétaire à fermier, patron à employé, maître à disciple, etc.), relations construites sur une extension du rapport patriarcal parents-enfants.

La relation à l'Empereur s'est constituée progressivement et, en 1890, le rescrit impérial sur l'éducation a clairement défini que la morale familiale doit être enseignée et rapportée à l'Etat impérial conçu comme une famille. Cette orientation passera dans les faits et se maintiendra jusqu'en 1945.

restructuration des relations familiales et sexualite au japon pendant la periode d'industrialisation

1) La morale familiale

Le point essentiel de la morale familiale japonaise est la primauté de la famille : est bien tout ce qui va dans le sens de la continuité et du maintien de la famille, est mal ce qui va contre. La suprématie de la famille se manifestait dans la société japonaise par l'immersion des individus dans la communauté familiale. Dans la noblesse, l'influence du confucianisme avait contribué à la codification sous forme de morale de ce système familial qui traditionnellement reposait sur le culte des ancêtres. « Le Japon est un pays de religion des ancêtres... Le but de la religion japonaise est de faire plaisir aux ancêtres et les dieux sont des ancêtres », écrit le folkloriste K. Yanagida (Yanagida, 1966). Ce culte n'est pas basé sur la peur mais sur le respect et l'amour des ancêtres qui sont vécus quotidiennement comme la garantie de l'union de la maisonnée. Le chef de famille est celui qui représente l'ancêtre, source de da famille. Il a le devoir vis-à-vis des ancêtres de protéger le bien familial et de prendre l'initiative au nom de la famille. Traditionnellement, il gérait les biens indivis de la famille. Par une série de mesures partielles (Isono, 1958), visant notamment à faciliter les transactions économiques et des recensements de population, va se dessiner, après 1868, la nouvelle forme légale de la famille qui en renforce le côté patriarcal : des biens familiaux deviennent la propriété du chef de famille, l'identité légale est attachée au cadre de la famille, l'autorisation du chef de famille est requise notamment pour le mariage et le choix d'une résidence. Dans la morale de l'époque, le chef de famille, responsable de l'unité de production que celle-ci constitue, prend le pouvoir pour assumer le devoir qui lui est confié par l'Etat. Nous retrouvons donc transposée la double responsabilité qu'assumait le chef de da famille féodale, responsable de celle-ci vis-à-vis des ancêtres et vis-à-vis du suzerain. Le résultat de la politique de la famille de l'époque Meiji va donc être d'unifier et de rigidifier un système familial déjà constitué qui va perdre la souplesse que lui laissaient les coutumes locales.

Si nous insistons sur ce point, c'est pour souligner qu'au Japon l'essor rapide du capitalisme industriel a été réalisé dans le cadre d'un renforcement des structures familiales traditionnelles. Celles-ci ont servi de ciment social et sont restées l'élément le plus stable dans le processus de transformation de la société, en même temps qu'un des éléments moteurs de la dynamique sociale pour laquelle les Japonais se sont investis dans da modernisation de leur pays.

Comment ce système familial encadre-t-il la sexualité ?

2) Primauté des relations parents-enfants sur les relations conjugales

a) Le choix du conjoint.

Dans ce type de famille patriarcale, il va de soi que le choix du conjoint est plus affaire de famille qu'affaire personnelle, que le mariage concerne surtout les aînés, le célibat étant parfois le lot des cadets en raison de la primauté du destin familial sur celui des individus. C'est le fils aîné qui a la charge d'assurer la succession familiale ; s'il n'y a personne pour assumer cette responsabilité, le culte des ancêtres ne peut plus être perpétué. C'est pourquoi avoir un garçon est un devoir envers la famille, c'est pourquoi aussi il existait une coutume d'adoption, la continuité de la maisonnée (place de chef de famille) étant plus importante que celle du sang. Dans la loi civile de Meiji (Isono, 1958), les maîtresses du mari n'étaient pas considérées comme épouses légales mais leur existence était implicitement admise et, si l'épouse n'avait que des filles, le fils d'une maîtresse pouvait reprendre la maison. Tout au début de l'ère Meiji, la maîtresse pouvait être considérée comme une deuxième épouse légale, vivant hors de da maison mais, plus tard, la loi a officialisé la monogamie, sans changer grand-chose aux pratiques.

Dans ce système, le plus important est la relation parents-enfants, la relation conjugale vient au second rang. De plus, la division entre les sexes est fortement marquée dans le travail à l'intérieur de la sphère familiale et dans les relations sociales avec les personnes venues de l'extérieur. Les relations mère-fils et belle-mère-belle-fille représentent donc deux aspects du mariage japonais et, lorsqu'une jeune épouse entre dans la maison, les parents sont directement concernés par le mariage. Vouloir se marier avec quelqu'un pour soi-même (par amour) était immoral et l'amour était immoral (faire passer son désir avant la famille) ; cela était admis mais un mariage contracté dans ces conditions était considéré comme tout à fait inférieur hiérarchiquement au mariage arrangé par des intermédiaires officiels. Aussi les parents qui comprenaient leurs enfants faisaient-ils discrètement intervenir des intermédiaires pour réaliser le désir de leurs enfants en lui donnant une forme officielle (F. et S. Isono, 1958). En fait, dans la paysannerie de plusieurs régions, le choix des jeunes gens était pris en considération pour leur mariage. Les sociétés de jeunes avaient souvent un rôle important dans le choix des conjoints. Il existait également différentes modalités de mariage par rapt (Nihon, 1979), le jeune homme emportant sur son dos la jeune fille ; en cas de refus ultérieur de celle-ci, il devait la rendre à ses parents ; si elle consentait, des médiateurs intervenaient pour mettre en forme le mariage. Malgré l'influence unificatrice de la législation de Meiji, ces coutumes ont survécu jusqu'après la guerre.

L'image de la femme et l'image de la mere

b) Les relations conjugales.

Les relations conjugales se constituent en passant par l'intermédiaire des relations avec la famille de l'époux, le rôle primordial de l'épouse étant d'engendrer des enfants. La sexualité n'imprègne pas la totalité des relations entre époux ; elle a un rôle partiel, bien circonscrit. Nous citerons l'exemple d'un homme, qui, en 1882, a reçu une médaille nationale récompensant sa conduite exemplaire d'homme japonais pour avoir divorcé successivement de deux épouses qui ne lui déplaisaient pas mais qui ne convenaient pas à sa mère (lenaga, 1954).

Cet exemple illustre les tensions que la jeune femme devait subir de la part de sa belle-mère. La relation de la mère à ses enfants était très étroite et le restait lorsque ceux-ci grandissaient ; aussi lui était-il souvent insupportable de partager l'amour de son fils avec l'épouse de ce dernier. Nous citerons, parmi beaucoup d'autres de même signification, une sentence populaire : « La femme qui était une épouse si douce, si calme, que son fils se marie et la voilà comme un démon. »

Le rapport entre les époux est donc posé comme distendu, l'intervention des beaux-parents y jouant un rôle déterminant, et la femme investit massivement son affectivité sur ses enfants. Nous avons vu que le rapport sexuel lui-même, pas plus que la connaissance du corps, ne sont culpabilisés. Mais l'homme est tourné vers le dehors et la femme vers le dedans. La vie sociale commune aux époux, confondue avec celle de la maisonnée, se borne aux réceptions rituelles à l'occasion des cérémonies familiales (mort, mariage, fête marquant l'entrée de l'enfant dans une nouvelle étape de sa vie). Il n'existe pas d'occasion où le couple invite ou soit invité à l'extérieur. Par contre, les visites familières, non formalisées, des voisins ou voisines sont fréquentes. La vie sociale de la jeune femme, limitée à la maison et au proche voisinage, est centrée sur les affaires domestiques. C'est donc dans la sphère domestique, auprès de ses enfants, qu'elle pourra trouver une issue à son affectivité et à ses pulsions réprimées ou insatisfaites.

Les hommes par contre ont la possibilité de chercher hors de la maison des satisfactions d'ordre social et sexuel. Le développement des quartiers de plaisir des grandes villes japonaises (autorisés jusqu'en 1956) est un fait bien connu et, jusqu'à une époque récente, il était courant dans les couches aisées de la population qu'un homme prenne une maîtresse hors de la maison. Les rapports de séduction et d'échange galant, difficiles dans le cadre de la sociabilité domestique, ont leur lieu et leur formalisation dans les bars, les restaurants et salons de thé à fréquentation masculine dont les hôtesses doivent incarner l'image de la séduction féminine. Cette pratique s'est perpétuée et a trouvé avec le développement de la « sociabilité d'entreprise » sa forme contemporaine.

LA MERE JAPONAISE ET LA SEXUALITE

1) L'image de la femme et l'image de la mère

Nous venons de voir que l'épouse est située au bas de la hiérarchie de ce système familial. A son arrivée dans la maison, elle se trouve dans une situation difficile à l'égard de sa belle-mère et de son beau-père. Elle a des relations distancées avec son époux et c'est par rapport à ses enfants qu'elle va définir sa place. Le comportement socialement attendu de l'épouse par rapport à son époux est significatif. L'épouse doit être réservée, prendre soin de lui en devançant ses désirs, dans les détails de la vie domestique comme dans les rapports sexuels. L'époux attend de sa femme une attitude enveloppante et maternelle, en même temps que, placé en situation de supériorité, il lui impose ses désirs en ayant pour elle, s'il est bon époux, quelque douceur et tendresse dont les manifestations sont discrètes vis-à-vis de l'extérieur. Il semble donc que les rapports entre époux, et plus généralement les rapports entre homme et femme, soient modelés par le type de rapports développés entre la mère et l'enfant.

L'image idéale de la mère est très forte au Japon, c'est celle du sacrifice et du dévouement à ses enfants et à travers eux à la famille. Cette image a, dans la pensée populaire, une valeur universelle et tend à être sacralisée. Kannon, déesse de la miséricorde dont le culte a été introduit avec le bouddhisme chinois, représente au Japon l'image religieuse de la mère qui est aussi une figure salvatrice (soutien et salut de l'âme). K. Yamamura, dans son ouvrage «  Les Japonais et leur mère » (Yamamura, 1971), rend compte du redoublement de l'image de la mère et de celle de la femme. Nous reprendrons ce bref récit qu'il rapporte parmi plusieurs autres de même signification. E. Yoshikawa, célèbre écrivain populaire, raconta que son père ayant ruiné la famille, sa mère avait beaucoup souffert de la pauvreté. Un jour le mari, malade, dit à sa femme : « Ce matin tu m'es apparue comme Kannon », alors sa femme lui pardonna tout, comprenant que ce qu'elle avait subi avait porté des fruits. Kannon, c'est l'image de la femme qui renonce à elle-même pour son mari et ses enfants, pardonne tout et devient ainsi l'ultime recours. Yamamura ajoute, sans commentaire, que depuis la période Edo (1603-1867), au sens vulgaire, le mot kannon désigne le sexe de la femme, « faire la prière à Kannon » c'est avoir des rapports sexuels. Cette dénomination exprime une association évidente mais rarement explicitée par les auteurs japonais.

La mere: une force motrice psychique

L'interprétation en profondeur de ce type de relation renvoie-t-il à une structure psychique et à une forme d'intégration de la sexualité spécifiques ? C'est ce que pensent actuellement un certain nombre de chercheurs japonais qui entendent construire à partir de la réalité japonaise, leur cadre d'interprétation. Ils s'inscrivent contre le courant dominant jusqu'ici, qui s'attachait à transposer les concepts et schémas d'interprétation venus de l'Occident. Ne trouvant pas le schéma freudien du triangle oedipien satisfaisant pour une interprétation en profondeur de la psychologie japonaise, plusieurs auteurs développent actuellement leurs analyses en s'appuyant sur le complexe d'Ajazé (Davoine et Gaudillère, 1983). Il s'agit d'une interprétation élaborée à partir d'un mythe d'origine bouddhique, entièrement centrée sur les relations mère-enfant, l'interprétation du meurtre fantasmatique du père étant rejetée. Dans un ouvrage récent, K. Okonogi (1982) interprète ainsi le mythe d'Ajazé :

1) Dans la relation mère-enfant existe d'abord l'union avec l'image maternelle : l'enfant, en se différenciant de la mère, continuera de chercher chez celle-ci le vécu de l'union (amaé) (7) ;

2) Cette union était une illusion, il éprouve donc un très fort ressentiment : pulsion de meurtre dirigée vers la mère car celle-ci a tenté de le tuer pour sauvegarder sa propre vie et l'amour de son mari ;

3) Lorsque la mère assume de nouveau sa maternité, elle pardonne à son enfant qui lui a manifesté son ressentiment et l'enfant, comprenant les peines de sa mère, lui pardonne. La reconnaissance du crime et le pardon sont réciproques.

Okonogi dégage de cette interprétation trois éléments structurants de la psychologie des Japonais :

- l'union de type japonais (amaé) avec sa réciprocité ;
- le ressentiment et le masochisme dans leurs modalités japonaises ;
- le pardon à double sens et la conscience de culpabilité.

Selon K. Okonogi, la relation de type fusionnel développée entre la mère et l'enfant sert de matrice à l'ensemble des relations dans la société japonaise, qu'il s'agisse de relations entre personnes de sexe opposé ou de même sexe. Il développe notamment ce point à propos de la socialité masculine, si importante au Japon, en prenant l'exemple des beuveries au saké. Ce qui importe est le plaisir de la réciprocité, le caractère d'union que comporte le fait de boire avec quelqu'un (on ne se réjouit pas seul mais en superposant son plaisir à celui de l'autre). En constatant réciproquement le degré d'avancement dans l'ivresse, s'approfondit la communication des sentiments. Ceci permet notamment d'extérioriser son mécontentement ; ce qui est difficile dans une situation normale (relations hiérarchiques et donc situation asymétrique des interlocuteurs) est selon une convention implicite admis dans les beuveries au saké. Dans cette forme de socialité, ce qui importe n'est pas l'intérêt de la conversation mais le fait d'aller dans la même direction que l'autre, la convergence des sentiments. Dans la sphère féminine, le terme d'idobalakaigi (littéralement : discussion autour du puits en faisant la vaisselle ou la lessive) désigne une forme de conversation où les sentiments montent un peu de la même façon, les femmes y trouvant l'occasion d'extérioriser leur mécontentement ou leur curiosité.

Cependant, K. Okonogi reste remarquablement discret sur les implications sexuelles de son interprétation, il emploie les mots union ou fusion pour désigner la relation mère-enfant, évitant de s'interroger sur le fantasme de l'inceste pourtant clairement sous-jacent à son interprétation.

L'interprétation de Yamamura (1971) converge avec celle de Okonogi pour souligner le rôle structurant de l'imago maternelle et y rattacher la culpabilité. Dans le processus de sublimation où elle est engagée, la mère s'efface devant le désir de ses enfants, et, recevant tout d'elle, ils se trouvent dans l'impossibilité de compenser ce don. �?tre née d'une telle mère serait une « grâce originelle » (par opposition au péché originel) et, pour les Japonais, tous les hommes reçoivent ce don (qu'il sera impossible de rendre). Cette interprétation apporte deux autres points intéressants concernant la dynamique de l'action et le rattachement de la mort à la figure maternelle. Yamamura constate tout d'abord que les actions difficiles, demandant un effort, sont rapportées à l'image de la mère, qu'il s'agisse d'actes quotidiens ou d'exploits. « C'est pour rendre ma mère heureuse », « C'est pour que ma mère me voit. » La référence au père : « C'est pour que mon père soit fier de moi », n'apparaît qu'exceptionnellement. Lorsque la presse japonaise relate des actes sortant de l'ordinaire, crimes ou exploits, la première question est : « Que ressent la mère ? » K. Yamamura écrit que « la mère est dans le comportement des Japonais une force motrice psychique équivalente à ce qu'était l'esprit du protestantisme pour les entrepreneurs capitalistes dans l'interprétation de Max Weber ».

Le pere: une place qui renvoie aux ancetres

Le rattachement de la mort à la figure maternelle est beaucoup plus significatif sur le plan de la sexualité mais l'auteur laisse cette implication dans l'ombre. Dans la pensée japonaise, l'idée de la mort est associée, avec celle de la naissance, à l'image du repos, du retour au sein maternel. Il cite ce poème écrit en 1945 pour une mère apprenant la mort de son fils à la guerre :

« Enfin, aujourd'hui
Tu retournes au giron de la mère
Dors tranquillement. »

De plus, il indique qu'avec la vieillesse grandit la nostalgie de l'amour maternel : « J'ai déjà vécu six années de plus que ma mère. Elle est morte à soixante-quinze ans, j'en ai quatre-vingt-un. J'ai envie de revoir ma mère et de faire amaé », dit l'écrivain S. Mushakoji. C'est en un sens de fusion avec la femme, mêlée à l'image maternelle salvatrice, que K. Yamamura interprète les suicides relativement fréquents de jeunes couples qui mouraient ensemble (shinjü) quand leur mariage était contrarié.

Il semble que l'association de la mort à l'image maternelle et, par là, à l'image féminine soit un des traits les plus ambigus et les plus difficiles à interpréter de la sexualité japonaise. L'ambiguïté est d'autant plus grande que, dans la tradition japonaise, c'est l'homme dont l'emblème est le sabre, qui est porteur de la mort. Ceci nous ramène à la question centrale, éludée par les auteurs que nous venons de citer, le fantasme sexuel dans la relation mère-enfant et la place du père dans cette relation, qui, si elle n'est pas oedipienne, n'en est pas moins triangulaire. Même si nous admettons le rôle structurant de la relation mère-fils, la question des identifications paternelles et de leurs implications ne peut être laissée de côté dans une approche de la sexualité.

2) La figure paternelle

Nous pensons que la prédominance de l'image maternelle affirmée par ces auteurs contemporains doit être relativisée et située dans une perspective historique. Si nous nous reportons à la période qui a précédé la modernisation du Japon, l'ère Edo, au moins pour la classe dominante, la noblesse, les références à une image paternelle forte sont constantes. Nous nous proposons donc de réfléchir aux transformations intervenues pendant la période de formation du Japon moderne (ère Meiji) afin d'avoir une base plus précise nous permettant de poser le problème des identifications maternelles et paternelles dans la société japonaise contemporaine.

Nous avons vu que le système des relations à l'intérieur de la famille a peu changé de l'époque féodale (ère Edo) à l'ère Meiji. Ce qui a changé, et très considérablement, c'est le statut de la famille dans la société. A une longue période de stabilité où la place de chaque famille était figée par le système des ordres sociaux, succède une période de mutations. Or, dans la société japonaise, l'image de la famille et celle du père se confondent. La première enfance se passe dans un monde à dominante féminine, très permissif, où, dans la distanciation des relations entre les parents, le jeu des premières identifications semble se constituer à partir d'un rapport mère-enfant conforme au schéma que nous avons indiqué plus haut, le père trop distant n'apparaissant pas directement comme un rival pour l'enfant. Surtout, dans les familles nobles, le père, effrayant, un peu surhumain, apparaît situé dans un univers hiérarchique supérieur. Pour l'enfant, son image serait plus proche de celle du tonnerre que de celle d'une personne rivale. L'image paternelle est supportée par un système en chaîne où le père occupe une place qui renvoie aux ancêtres (dont la présence dans la maison est attestée par l'autel des ancêtres) et au seigneur féodal. L'identification au père, plus tardive, ne se ferait donc pas selon le schéma triangulaire de l'�?dipe, niais selon un schéma linéaire : relations hiérarchiques en chaîne où la figure du père vient prendre place sans être le référent ultime.

Il semble que les relations avec l'image paternelle et avec le suzerain se constituent à partir du mode de relations que l'enfant a déjà noué avec la mère, et qu'il se produise une sorte de retournement du modèle de dévouement et de consumation où l'enfant prend la place de sa mère. Structurants de la relation à autrui, le nom du père, la loi sont semble-t-il rapportés à la lignée plus qu'à la personne du père, même si celui-ci en est le support. Le père, supérieur à l'enfant, est lui-même dans une situation subalterne par rapport aux ancêtres, au suzerain, aux personnes plus âgées de même rang, etc. La loi régit des relations hiérarchiques et non égalitaires.

La mort et les images parentales

3) La figure de la mort et les images parentales

La loi des nobles guerriers au Japon se réfère explicitement à la mort, le père doit être celui qui est capable de donner la mort et de mourir. Le dévouement qu'un noble japonais doit à son suzerain va jusqu'au sacrifice de sa vie. Le rituel du seppuku (mort volontaire ritualisée) symbolise la valeur centrale de l'éthique de la noblesse japonaise. Le seppuku est une figure concrète de la mort (chaque guerrier en apprend et répète les gestes dès l'enfance), symbole de la relation avec le suzerain, il ne prend sa pleine efficacité sociale que s'il a lieu sur l'ordre ou avec l'accord de celui-ci. La forme du rituel renvoie aux valeurs, aux symboles et aux gestes virils du salut. Cependant, à l'analyser plus en profondeur, transparaît derrière cette forme l'association de l'image de la mort au repos et au sein maternel. Et nous pouvons reprendre l'interprétation d'Okonogi qui rattache l'image de la mort au processus de rupture de la relation fusionnelle mère-enfant, dont l'enfant fait porter la responsabilité et le ressentiment d'abord sur la mère. Reste à savoir par quel processus l'enfant reporte ainsi son ressentiment sur un père qui lui apparaît inaccessible.

Nous pensons trouver une réponse partielle dans l'intrication de la figure de la mort et des images parentales. L'acceptation de sa propre mort comme une valeur fondamentale de la culture des guerriers se comprend mieux à partir de l'association première de la mort à la douceur maternelle tachée d'ombre. De plus, l'éducation des enfants nobles donne forme à cette image fantasmatique car c'est la mère qui, la première, instruit l'enfant dans ce système de valeur où la mort est sans cesse présente. Ainsi, dans les récits de vie de guerriers, il est souvent rapporté que face à son jeune fils qui a manqué de courage ou s'est mal conduit, la mère, prenant un sabre, menace de le tuer et de se tuer avec lui s'il persiste à se montrer indigne de porter le nom de la famille. La mère va s'éloigner de l'enfant qui grandit en lui laissant la mort qui s'intègre au support de ses identifications viriles.

Mais, en 1868, avec la destruction des ordres féodaux, ce système de valeur (légitimation d'une autorité qui reposait sur les armes) où la mort tenait une place centrale et dont la symbolique était celle du sabre va perdre son fondement. L'articulation de la figure du père et de la mort - emblème du pouvoir - est rompue.

Cependant, en même temps que le gouvernement de Meiji détruit les ordres féodaux et abolit leurs privilèges, il impose paradoxalement à toutes les classes l'organisation et la morale de la famille noble, et la morale officielle va explicitement reporter sur l'empereur le dévouement jusqu'à la mort dû par le vassal à son seigneur, ceci avec une efficacité. sociale dont le comportement des soldats japonais au combat est une illustration suffisante. Par ailleurs, la figure paternelle reste bien incluse dans une chaîne hiérarchique mais dans une société qui traverse un processus rapide d'industrialisation et de mutations urbaines, la stabilité de la place sociale des lignées familiales vacille ; en même temps, toutes les familles accèdent au nom et à la formation d'une lignée.

Sans prétendre dans le cadre de cet article traiter le problème des identifications masculines et de leur réarticulation au cours de l'ère Meiji, nous avons tenté de mettre à jour certaines questions :

- les identifications masculines dans la société japonaise, face à des analyses qui tendent trop à clore sur elles-mêmes la problématique de la relation mère-enfant ;
- la formation des images paternelles dans une société où le fondement des relations sociales est l'asymétrie des relations hiérarchiques (Nakane) et non un système égalitaire avec imposition d'autorité ;
- la figure de la mort et son articulation à la sexualité au travers des images parentales.

Il n'y a plus de figure maternelle (conclusion)

Aujourd'hui, au Japon, la transformation des moeurs, largement répercutée par les moyens d'information, est à l'ordre du jour. Les love-hotels (location de chambre à l'heure) qui ne sont pas spécialement destinés à la prostitution se multiplient, offrant souvent des équipements sophistiqués. La prostitution, tolérée, continue sous des formes renouvelées à faire référence à sa tradition d'art de la séduction et de la jouissance. Significative est la mode éphémère des cafés où les serveuses en mini-jupe ne portaient pas de slip. L'interdiction et le désir s'équilibrant entre celles qui se montraient et ceux qui les regardaient avec discrétion. La lave du volcan ressort entre les multiples interdits sociaux et moraux. De l'inceste à l'infanticide, les journaux multiplient la résonance des faits divers d'ordre sexuel et insistent sur la crise de la famille. C'est là, ce qui, sur le ton du fait divers et du scandale, est montré des changements qui affectent la sexualité.

En arrière-plan, ce qui reste implicite (hon-ne) et que pourtant chacun connaît est un affranchissement des jeunes générations à l'égard des contrôles sociaux avec, en particulier, l'extension des relations sexuelles prénuptiales, surtout en milieu urbain. Même si, aujourd'hui encore, un certain nombre de mariages se font sur présentation, au cours des années cinquante et soixante, les Japonais sont passés du système des mariages décidés par la famille aux mariages par consentement mutuel avec accord de la famille. Bien que nombre de Japonais continuent d'habiter avec leurs parents, la tendance à l'accroissement de la proportion de familles nucléaires, qui dès avant la guerre était liée aux migrations urbaines, a pris une nouvelle ampleur. « Avec maison, sans belle-mère, avec voiture », ce dicton humoristique en vogue définit le profil du mari idéal.

Est-ce à dire qu'avec les conditions de vie et de production contemporaines, la famille japonaise se modèle aujourd'hui doucement sur ses homologues occidentales, triangle oedipien et relations égalitaires ? Ce serait simpliste ; l'expérience vécue des parents d'aujourd'hui est celle des rapports familiaux que nous avons décrits et c'est sur cette base, décalée par rapport à certaines conditions objectives de vie, que s'établissent des rapports entre hommes et femmes et que ceux-ci élèvent leurs enfants.

« Le Meiji est devenu lointain », dit-on, cela signifie entre autres que les hommes perdent pouvoir familial et virilité et que les femmes sont devenues fortes. « Il n'y a plus de mère japonaise dans les générations nées après la guerre », « le père n'est plus un maître comme autrefois » sont des assertions communes. D'où provient cette évidence du pouvoir féminin, alors que, explicitement (tatemae), dans les rapports de couple, l'homme continue de détenir l'autorité et la femme de le servir ? Cela tient peut-être à une contraction des relations de la famille large dans la famille conjugale où la femme cumule vis-à-vis de son mari les positions d'épouse et de mère. L'affaiblissement de l'autorité paternelle et hiérarchique se reflète dans le langage par l'abandon progressif des formes traditionnelles de politesse. Cependant, il semble que les jeunes, même à travers leur révolte, continuent de se référer au modèle traditionnel.

Plutôt que de tenter d'analyser les facettes changeantes de la modernité japonaise, nous avons cherché à faire apparaître ce que met en cause, dans la société japonaise, la modification des rapports familiaux. La question des relations familiales est au centre des interrogations soulevées par la modernité japonaise. L'originalité du modèle traditionnel japonais nous semble résider dans la place que tient la figure de la mort dans l'articulation entre une image paternelle autoritaire inscrite dans une chaîne hiérarchique et l'image de la mère japonaise. Nous avons essayé de saisir les transformations de ce modèle au cours de la période de l'industrialisation au Japon, faisant apparaître au sein de la famille large la dissociation de l'image paternelle et de la puissance de mort, et le renforcement de l'image maternelle.

Si ce qui est en cause aujourd'hui est l'articulation de la figure maternelle à la relation fusionnelle et à la mort, c'est une des bases profondes de la culture japonaise qui vacille.

Unité Pédagogique d'Architecture n° 8
Paris, Université René-Descartes.

BIBLIOGRAPHIE

F. Davoine, J.-M. Gaudillère, A propos d'Amué, in Critique, n° 428-429, janv.-févr. 1983.
T. Doi, Amaé no Kozo, trad. D. Saunders, Le jeu de l'indulgence, Ed. Sycomore Asiathèque, 1982.
J.-L. Flandrin, Familles : parenté, maison, sexualité dans l'ancienne société, Paris, Hachette, 1976.
S. Fujibayashi, Sei fudoti (Description historique et géographique de la sexualité), Japon, 1968.
S. lenaga, Nihon doloku shisoshi (Histoire de la pensée morale japonaise), Tokyo, 1954.
F. et S. Isono, Kazoku Seido (L'institution familiale), Tokyo, Ed. Iwamami, 1958.
Kojiki, Chronique des choses anciennes, Introduction et traduction M. et M. Shibata, Paris, Maisonneuve & Larose, 1969.
A. Mizubayashi, Autour du bain, de l'intimité familiale à la sociabilité, Critique, n° 428-429, janv.-févr. 1983.
C. Nakane, La société japonaise, Paris, A. Colin, 1974, « U. Prisme », 41. Nihon o shiru sho jiten, Petit dictionnaire pour connaître le Japon en 6 vol., 1er vol., Japon, Ed. Shakaï-shiso-sha, 1979.
K. Okonogi, Le complexe d'Ajaze chez les Japonais (Nihojin-no-Ajare Complexe), Ed. Chuko-bunko, 1982.
K. Schipper, Le corps taoïste, Paris, Fayard, 1982. Ed. Shorter, Naissance de la famille moderne, XVIII°-XX° siècles, Paris, Seuil, 1977.
R. H. Van Gulik, La vie sexuelle dans la Chine ancienne, Paris, Gallimard, 1971.
K. Yamamura, Nihunjin lo Haha (Les Japonais et leur mère), Ed. Toyokan, 1971.
K. Yanagida, Senzo no hanashi (Histoire des Ancêtres), et Josei lo Miukan densyo (Les femmes et la transmission orale populaire), Tokyo, Ed. Kadokawa, 1966.
K. Yanagida, Oeuvres complètes, vol. 30, histoire de la vie des femmes, Japon, Ed. Chikuma Shobo, 1970.

(1) Un exercice consistait à entourer le bas-ventre au-dessous du nombril d'une corde, et à faire céder celle-ci par contraction musculaire.
(2) Les traités chinois « d'art de la chambre à coucher », d'inspiration taoïste, préconisant le développement maîtrisé de la sexualité, sont de longue date connus au Japon (cf. Mizuhayashi, 1983, et Van Gulik, 1971).
(3) Cependant certaines prescriptions et certains tabous sont attachés au corps, notamment, dans le culte shintoïste, l'impureté rituelle des femmes : il leur est interdit de pénétrer dans un temple shintoïste pendant leurs règles, l'accouchement a lieu dans une cabane construite à cet effet.
(4) Dans plusieurs régions il était d'usage que les époux aient des rapports sexuels à minuit, au moment du passage d'une année à l'autre ; et dans le nord du Japon, le premier matin de l'année, le chef de famille et son épouse, levés les premiers faisaient, nus, à quatre pattes, plusieurs fois le tour du doma (aire en terre battue à l'intérieur de la maison). Au moment du repiquage du riz, les dieux des rizières, dieux polissons, appréciaient que l'on parle de choses sexuelles et que, pour travailler aux champs, paysans et paysannes ne portent pas de sous-vêtement& (cf. IV).
(5) Awaji-no-l-Ionosa-Wake. Wake : seigneur. Honosa (ho : épi, sa : petit) petit épi. Aux époques archaïques on donnait un titre hiérarchique aux lies comme aux êtres humains.
(6) Celle-ci concerne des domaines beaucoup plus larges que le travail et comporte notamment l'habitude d'aller ensemble au bar après le travail entre salariés d'une même entreprise ; sans faire partie du travail, ces relations le prolongent et il est fort difficile de ne pas y prendre part.
(7) Le terme amas désigne en japonais la relation réciproque d'amour dépendant et de disponibilité sans limite qui lie la mère et l'enfant. Cf. T. Dol (1982).
(8) Un noble Japonais change de nom plusieurs fois au cours de sa vie. Le changement de nom est lié d'abord aux étapes de l'approche de l'âge adulte, puis ensuite à la fonction sociale remplie. Le nom de la lignée (ou maison) reste fixe.
(9) Les cas de violence familiale sont aujourd'hui fréquents, la violence d'adolescents envers leurs parents, surtout envers leur mère.

Posté par jade38 à 02:47 - PHENOMENES DE SOCIETE - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1